Love is on the screen: Si tu tends l’oreille

J’ai toujours trouvé ça passionnant d’essayer d’adopter un regard critique en regardant un film, une série, un peu de sociologue, parce que je considère que les productions culturelles et fictionnelles, les films, les séries TV, contribuent au même titre que d’autres instances comme les parents, les pairs, l’Ecole, à adopter une vision du monde. Voire peut constituer une instance encore plus efficace. Sans qu’on en ait conscience, les films et les séries peuvent en effet nous influencer en proposant des vues, en termes de genre, de race par exemple qu’on peut partiellement intégrer et faire nôtres.
Et moi, un truc qui m’impressionne tout particulièrement, c’est comment les représentations de l’amour et des relations amoureuses à l’écran ont énormément affecté ce que moi j’attendais de l’amour et comment j’ai vécu mes relations amoureuses de par ces attentes. En général, dans la déception et la frustration de réaliser que la vie irl c’est pas une rom-com. Si je voulais faire court (mais je le développerai plus tard avec des exemples d’œuvres culturelles précises), je dirais que la plupart des films et des séries que j’ai regardé m’ont amené à développer une représentation de l’amour que j’aime pas et que je ne trouve pas saine pour moi (avec l’aide bien sûr d’autres instances dans la société qui vont délivrer un même message) : de l’amour comme devant être la pierre angulaire de ma vie et ce par quoi exclusivement je m’épanouis et je suis heureuse ; de l’amour comme devant être spectaculaire, ponctué de grands moments héroïques, autrement ce serait chiant et ça n’en vaudrait pas la peine, et j’en passe. Mais bref, tout ça pour dire qu’il y a quelque chose de passionnant de déconstruire la représentation des relations amoureuses dans les films et les séries TV, notamment dans son efficacité et dans sa puissance à façonner par la suite les représentations de celleux qui les regardent, moi étant la première. Et c’est ce qui m’intéresserait de faire ici dans cette rubrique que je crée (how ambitious) : analyser comment les relations amoureuses apparaissent et ce qu’elles nous disent de ce que devrait être l’amour et donc partiellement démonter quelques films (que je peux d’ailleurs toujours aimer, c’est pas ça la question) mais aussi faire la promotion de films dont au contraire j’apprécie la représentation. Et c’est ce dernier point que j’aimerais privilégier dans ce premier article dédié à la représentation de l’amour dans les productions culturelles avec ma romance favorite de tous les temps : Si tu tends l’oreille de Yoshifumi Kondo, du studio Ghibli.

Comme beaucoup d’autres films où on a une romance, Si tu tends l’oreille met en scène la relation naissante entre deux jeunes homme et femme, Seiji et Shizuku, à un moment décisif de leur adolescence où iels doivent faire des choix par rapport à l’université dans laquelle iels voudraient aller, mais donc ainsi également par rapport à leur choix de carrière, leur choix de vie et donc à un moment de doutes et de confusion.

Pour aller droit au but, ce qui me plaît énormément dans la représentation de cette relation amoureuse et ce que je trouve extrêmement romantique, c’est les rapports de soutien et d’encouragement mutuels entre les deux personnages. En effet, ce n’est pas dans ce film que vous aurez droit à des grands moments héroïques romantiques, à la déception peut-être des spectacteurices occidentaux (moi, un peu) à lesquels on aurait trop habitué à la romcom à l’occidentale où on a des baisers enflammés à la gare et des courses pour retrouver la personne aimée à l’aéroport. Ici, on aura même pas le droit à un premier baiser ou même à un entrelacement de doigts que la relation naissante entre Shizuku et Seiji est avortée par le fait que Seiji annonce vouloir partir en Italie pour apprendre le métier de luthier qui le passionne. En revanche, le film décrit l’attention que l’un porte à l’autre dans des moments subtiles par exemple comme celui-ci présenté dans l’image suivante, où Seiji va se décaler pour protéger Shizuku de la voiture :


ou principalement à travers le soutien que l’un représente pour l’autre. La réaction de Shizuku au moment où elle apprend que Seiji part en Italie est sûrement ce que je trouve de plus beau et juste dans le film :
Dans les premières secondes où elle apprend cette nouvelle, on peut deviner une certaine insécurité et un certain désarroi dans le visage de Shizuku.

Mais elle passe très rapidement de ces sentiments négatifs à une joie sincère pour le projet de Seiji : il y a notamment un écart de 1 seconde entre les deux dernières images ci-dessus. En effet, malgré un sentiment d’insécurité existant et qui est explicité plus tard dans le film par Shizuku elle-même à son amie, insécurité notamment liée au fait de ne pas avoir un projet d’avenir comme lui, elle n’essaie jamais de dissuader Seiji de partir poursuivre son rêve en Italie loin d’elle, n’est jamais un obstacle pour lui mais au contraire le soutient et semble sincèrement heureuse pour lui.
Le départ de Seiji va plutôt l’inciter à vouloir trouver elle-même sa voie et à se consacrer davantage à l’activité d’écriture qui l’animait déjà dès le début du film et dont Seiji lui montrait également le soutien. Le film n’efface pour autant pas la difficulté que c’est d’être loin de la personne qu’on aime, il ne dit pas que tout est facile et que Shizuku parvient à s’épanouir totalement  en toute indépendance, sans la personne qu’elle aime. Il montre qu’être loin de lui lui est difficile, elle se fixe notamment des objectifs d’écriture très très élevés dans la volonté d’être « à la hauteur » de Seiji, ce qui va la conduire à l’échec scolaire et également à être malheureuse par toute la pression qu’elle se met, ce dont elle se rend compte finalement et dont elle va en apprendre la leçon. Mais finalement, Si tu tends l’oreille montre surtout une relation amoureuse dans laquelle les personnages ne sont pas des obstacles les uns dans la vie des autres mais au contraire se soutiennent et s’inspirent. Au lieu d’exclusivement se morfondre (parce c’est aussi ok de se morfondre) et de vivre dans le manque de la personne qu’elle aime, son départ a amené Shizuku à se consacrer à son projet personnel d’écriture, l’a encouragé à faire comme lui et chercher sa propre voie. Le film en lui-même est d’ailleurs beaucoup plus centré sur le personnage de Shizuku et sur sa quête personnelle ainsi que sur la façon dont la relation amoureuse l’influence, plutôt que sur la relation amoureuse elle-même, ce qui est d’autant plus intéressant qu’elle est un personnage féminin. A l’inverse de nombreux films où le personnage féminin est mis en avant pour être au final largement défini par sa relation amoureuse ou par son partenaire, c’est ici Shizuku et son développement personnel qui sont mis en avant et c’est pour ça que je considère même pas que Si tu tends l’oreille est un film de romance à part entière, mais plutôt un film dans lequel je trouve la relation d’amour particulièrement remarquable.

Ce que j’aime dans ce film, c’est toute cette tendresse et douceur que je trouve dans la relation d’amour entre Shizuku et Seiji même si elle est dénuée de grands évènements romantiques et qui par conséquent, apparaît à mes yeux comme réaliste et crédible. Pour citer un exemple, la veille du départ de Seiji, qui aurait pu donner lieu à un de ces moments très romantiques et flamboyants, celui-ci s’excuse auprès de Shizuku de ne pas la raccompagner chez elle comme il l’a déjà fait et c’est montré comme étant ok : ça n’implique pas qu’il l’aime moins qu’il le devrait, qu’il n’est pas assez attaché à elle. Le film, tout en restant un film qui met en scène une romance, démontre selon moi comment il n’y a pas besoin de réaliser des actes grandioses romantiques comme dans des romcoms pour faire une relation amoureuse.


Et donc pour me répéter encore une fois, c’est exactement ça que j’aime dans ce film : que la romance puisse être totalement romantique, sans avoir à être spectaculaire et ponctués d’éléments filmesques qui n’arrivent pas dans la vraie vie, mais dans sa simplicité, dans la simple douceur qui peut apparaître dans l’encouragement d’une personne vis-à-vis de l’autre qu’elle aime et dans le fait que je peux me dire que je peux vivre une histoire d’amour comme celle-là

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s